René Maran : une biographie

24 novembre 2024 § 4 Commentaires

René Maran (©wikimédia)

DU SCANDALE BATOUALA À L’ÉVEIL D’UNE CONSCIENCE NOIRE

Je suis très fier de vous annoncer la parution de mon dernier ouvrage. En guise de mise en bouche, je reproduis ici la quatrième de couverture.

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Lac de Jean Echenoz

4 septembre 2026 § Poster un commentaire

Le Musentempel du parc d'agra à Markkleeberg (Saxe, Allemagne) lors d'une journée d'automne ensoleillée.
(©wikimédia)
Le Musentempel du parc d’Agra à Markkleeberg (Saxe, Allemagne) lors d’une journée d’automne ensoleillée. (©wikimédia)

Lac (1989) est le cinquième livre de Jean Echenoz et aborde, après le roman d’aventure (L’Équipée malaise) et le polar (Cherokee), le roman d’espionnage. Qu’est-ce qu’un roman d’espionnage ? C’est un récit qui décrit des personnages troubles se lançant dans la collecte clandestine d’informations, ou empêchant cette même collecte. Par principe, l’action se déroule dans un espace interlope, plein de faux-fuyants et de situations, voire de personnages peu clairs, pour tout dire turbides.

Il convient donc, dans un tel univers, de prêter attention aux signes, aux sens, aux gens. Lac est donc un roman foisonnant où tout est signe. En premier lieu, les noms. Franck Chopin, espion d’occasion et entomologiste spécialiste des mouches, est le principal protagoniste. Il n’emploie pas un réseau d’informateurs (des mouches), mais des diptères équipés de micros. Est-il un virtuose de l’espionnage ? Peu certain. Suzy dont Chopin tombe amoureux, a un mari, Oswald Clair, qui a disparu du côté de Genève et de son lac. Peut-être, malgré le patronyme, une disparition pas si évidente… Et notre Suzy ? Une veuve inconsolable ? Est-elle si claire que cela ? Ne mène-t-elle pas en bateau Chopin ? Ou plutôt, la partition qu’elle joue est-elle si évidente ? (C’est que le prénom Suzy peut renvoyer à une chanteuse populaire, Suzy Clair, voire à Suzy Delair — oh, la belle homophonie !, beaucoup plus célèbre (n’est-ce pas clair ? Ou bien plutôt limpide ?). Car ce complexe hôtelier bâti au pied d’un lac de la région parisienne n’est-il pas une métaphore de la célèbre cité des espions de Genève et de son Léman ? L’officier traitant de Chopin est le colonel Seck, une vieille ganache à l’esprit rigide.

Jean Echenoz construit son roman en recyclant tous les clichés du roman d’espionnage. Rendez-vous secret dans le pavillon des tripiers de Paris, filature improbable, voiture étonnante (une Karmann-Ghia !) et personnages loufoques. Le tout dans un espace saturé de signes puisque, justement, l’espion est celui qui est capable de décrypter la réalité sous les oripeaux trompeurs des apparences. Pastichant le style des romans d’espionnage, Jean Echenoz multiplie les jeux de mots, les assonances et les formules métaphoriques pour inonder l’espace. Néanmoins, derrière ce qui pourrait s’apparenter à un jeu gratuit, la mélancolie, la solitude des personnages et des décors transparaissent, soulignant la vacuité des personnages.

Le « style » du roman noir, à la Dashiell Hammett, est d’abuser des archétypes et des métaphores filées. Alors Echenoz abuse, ronge jusqu’à l’os sa métaphore, n’en laissant pas une miette.

Évitant de regarder Suzy en face, il se mit à parler : sa voix haute, un peu ébréchée, semblait produite par coups de glotte oxydée, et son récit pullulait de pauses pénibles, virgules et points-virgules pendant lesquels il avalait un peu de salive en grimaçant, avec un douloureux grincement de siphon et de longs aller-retour de pomme d’Adam. Son discours achevé, il renifla en s’aidant de la base de son pouce, point final discret, avant d’examiner en silence un de ses pieds. Suzy le considérait avec curiosité (Jean Echenoz, Lac. Roman, Paris, Éditions de Minuit, 1989, p. 85.).

Si le héros de Dashiell Hammett se nomme Sam Space (SS), alors le méchant de Echenoz sera Vital Veber (VV) et sera protégé par une paire de gardes du corps, une splendide PP, Perla Pommeck et son acolyte Rodion Rathenau (RR).

Lac de Jean Echenoz est le roman idéal pour échapper à une rentrée morose. L’écriture est pétillante, l’humour suinte derrière un sérieux de clown. Jean Echenoz fait semblant de prendre très au sérieux son histoire pour nous balader un peu plus encore. Et nous, nous rendons à Echenoz la maîtrise de l’affaire et nous laissons porter avec ravissement par cette intrigue farfelue.

Les saisons de Maurice Pons

15 mars 2026 § Poster un commentaire

Pluie par Splitshire, Pexel.com

Une découverte due à un excellent conseil d’une lectrice boulimique, Les saisons est un objet littéraire pour le moins étonnant, voire déroutant.

Tout d’abord, il y a cet étonnant incipit :

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La paresse de Joseph Kessel

10 février 2026 § 1 commentaire

La paresse de Félix Vallotton, gravure sur bois, 1896

Joseph Kessel, dans cet éloge de la paresse qui ne peut être qu’un court texte, commence par sacrifier ce qu’il doit aux mânes de l’écrivain russe Ivan Gontcharov, génial auteur du chef d’œuvre Oblomov paru en 1859.

C’est d’ailleurs un supplice comique et raffiné que de se voir assis à une table, devant un encrier, sous le soleil, et de noircir, noircir, noircir du papier à tour de bras pour dénombrer avec convictions les charmes, les bienfaits et la grandeur de ne rien faire (p. 15).

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La bête mahousse de Jacques Perret

13 janvier 2026 § Poster un commentaire

La Bête Mahousse, illustration de Beuville (©Beuville)

Jacques Perret (1901 – 1992), enfant de la bourgeoisie, fait de brillantes études de français et de philosophie en Sorbonne. Très vite, il a la « bougeotte » et commence donc par un service militaire au Maroc, comme caporal. Ensuite, il enchaîne les métiers. Grand bourlingueur, il est en Guyane, au Nicaragua, en Suède, en Laponie ou en Turquie. Tour à tour orpailleur, professeur de français, journaliste, pêcheur de thon ou trafiquant de nacre. Mais il est « souvent » journaliste.

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La Mort à Rome de Wolfgang Koeppen

13 décembre 2025 § 2 Commentaires

Photo de Vinicius A. Nascimento sur Pexels.com

Pourquoi lit-on ? Question saugrenue ? Certes. Évidemment, pour le plaisir, pour le dépaysement, pour s’instruire… Mais il est des livres qui n’entrent dans aucune de ces catégories. Il est des livres infâmes, des livres sales, morbides, qui donnent la nausée, nous laissent tout poisseux, et surtout, nous hante. Pourquoi les lit-on ? Pourquoi s’infliger une telle purge ? Quelle perversion nous pousse à tourner les pages, puis à refermer le livre en poussant un soupir de soulagement ? Vite, saisir un autre ouvrage plus facile, plus léger.

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