Ulalume de Edgar Poe

24 juin 2019 § 3 Commentaires

I

Les cieux étaient gris et calmes, les feuilles racornies et brûlées ; — les feuilles toutes flétries et brûlées ; il faisait nuit dans ce solitaire mois d’octobre de ma plus ténébreuse aimée ; — c’était près du sombre lac d’Auber, — là-bas près du marais d’Auber, dans les forêts que hantent les vampires, dans le pays boisé de Weir.

II

Ce fut là qu’à travers une allée de cyprès titaniens, j’errai un soir avec mon âme — qu’à travers une allée de cyprès j’errai avec Psyché mon âme. C’était au temps où mon cœur volcanique ressemblait aux rivières de scories qui roulent, — aux flots de lave qui roulent leur onde sulfureuse du haut du Yaaneck, dans les climats extrêmes du pôle, — qui gémissent en roulant jusqu’au bas du mont Yaaneck, dans les royaumes du pôle boréal.

III

Nos paroles avaient été sérieuses et calmes ; mais notre pensée restait engourdie et terne, — notre mémoire paraissait engourdie et terne ; nous ne savions plus qu’on était en octobre, — nous ne songions pas à la date de cette nuit. (Ah, nuit de toutes les nuits de l’année !) Nous ne remarquions pas le sombre lac d’Auber — (bien qu’une fois déjà nous eussions fait le voyage), — nous ne nous souvenions plus du marais d’Auber, ni des forêts que hantent les vampires, dans le pays boisé de Weir.

IV

Et maintenant, comme la nuit vieillissait et que le cadran des étoiles indiquait le matin, — comme le cadran des étoiles annonçait à peine le matin, — nous vîmes poindre au bout de l’allée une lueur nébuleuse et limpide, d’où sortit avec sa double corne un croissant magique, — le croissant endiamanté d’Astarté, distincte avec sa double corne.

V

Et je dis : « Elle est moins froide que Diane : elle roule à travers un éther de soupirs, — elle se plaît dans une région de soupirs : elle a vu que les larmes ne sèchent pas sur ces joues où le ver se traîne sans mourir, — elle vient au delà des étoiles du Lion nous montrer le chemin vers le ciel, — vers la paix léthéenne du ciel. Elle est venue, en dépit du Lion, faire briller sur nous son regard lumineux ; — elle monte à travers le repaire du Lion et l’amour brille dans son regard lumineux. »

VI

Mais Psyché, levant un doigt, dit : « Je me défie grandement de cet astre, — je me défie étrangement de sa pâleur : — oh ! hâte-toi ! oh ! ne nous attardons pas ! ah ! fuyons ! — fuyons, il le faut ! » Elle parlait avec terreur, laissant retomber ses ailes jusqu’à ce qu’elles traînassent dans la boue ; — elle sanglotait avec angoisse, laissant tomber les plumes de ses ailes qui traînèrent dans la boue, — qui traînèrent tristement dans la boue.

VII

Je répondis : « Ce sont là des rêves ; continuons notre route sous cette clarté tremblante ! Baignons-nous dans cette pure clarté, dont la splendeur sibylline rayonne d’espérance et de beauté ce soir : Vois ! elle monte haut dans le ciel à travers la nuit ! Ah, nous pouvons nous fier à sa lueur, convaincus quelle nous guidera bien ; — nous pouvons sans danger nous fier à sa lueur, qui ne peut que nous mener à bien, puisqu’elle monte si haut dans le ciel à travers la nuit. »

VIII

Je calmai Psyché, puis je l’embrassai ; — je vainquis ses scrupules et ses craintes et nous gagnâmes le bout de l’allée ; — mais là, nous fûmes arrêtés par la porte d’une tombe, — par la porte d’une tombe à légende. Et je dis : « Que vois-tu écrit, chère sœur, sur la porte de cette tombe à légende ? » — Elle répliqua : « Ulalume — Ulalume ; — c’est le caveau de ton Ulalume, — de l’amie que tu as perdue ! »

IX

Alors mon cœur devint froid et calme comme les feuilles racornies et brûlées, comme les feuilles flétries et brûlées ; je criai : « C’est sûrement en octobre, cette même nuit de l’année passée, que je voyageai, que je vins jusqu’ici, — que je portai jusqu’ici un fardeau révéré. – Quel démon a choisi, pour m’y attirer de nouveau, cette nuit parmi toutes les nuits de l’année ! Je reconnais bien maintenant le sombre lac d’Auber, — la forêt que hantent les vampires, dans le pays boisé de Weir ! »

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Sur la gauche avant la Chine de Catherine Quilliet

17 juin 2019 § 1 commentaire

La Piandj

Frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan, séparés par la rivière Piandj ; au premier plan, une borne frontière soviétique, près de laquelle un soldat soviétique devait se tenir (©wikimédia).

Autant le reconnaître, j’attendais avec une grande impatience un nouveau livre de Catherine Quilliet. Son recueil de nouvelles m’avait enchanté, émotion plutôt rare dans la grisaille de l’édition d’aujourd’hui. Alors, j’ai commencé. Happé dès les premières pages. Pourtant, le quatrième de couverture, volontairement complexe, est plutôt contre-productif et inciterai plutôt à la fuite… Certes, la référence au divin marquis est de nature à susciter la curiosité. Je ne crois pas, cependant, qu’il m’eût poussé à un achat…

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Fille de Burger, de Nadine Gordimer

12 mai 2019 § 2 Commentaires

musée Apartheid

L’entrée du musée de l’Apartheid à Johannesburg (©wikimédia).

Je fais partie de la génération pour laquelle l’apartheid était un crime qu’il fallait combattre par tous les moyens, y compris le boycott. Ne pas consommer les oranges Outspan. Savoir pourquoi le label de musique reggae s’appelait FrontLine. Aussi, la littérature sud-africaine me demeura longtemps inconnue. A la fin des années 1980 « Lire la suite »

Raymond Carver – Dormir (Sleeping, 1986)

26 mars 2019 § 1 commentaire

Il a dormi sur les mains. Sur un rocher.
Sur ses pieds.
Sur les pieds de quelqu’un d’autre.
Il a dormi dans des bus, des trains, des avions.
Dormi pendant le service.
Dormi au bord de la route.
Dormi sur un sac de pommes.
Il a dormi dans une sanisette.
Dans un grenier à foin.
Au Super Dome.
Dormi dans une Jaguar et sur la plate-forme d’un pick-up.
Dormi au théâtre.
En prison.
Sur des bateaux.
Il a dormi dans des baraquements et, une fois, dans un château.
Dormi sous la pluie.
Sous un soleil ardent il a dormi.
A cheval.
Il a dormi sur des chaises, dans des églises, des hôtels de luxe.
Il a dormi sous des toits étrangers toute sa vie.
Maintenant il dort sous la terre.
Il n’en finit pas de dormir.
Comme un vieux roi.

*

He slept on his hands.
On a rock.
On his feet.
On someone else’s feet.
He slept on buses, trains, in airplanes.
Slept on duty.
Slept beside the road.
Slept on a sack of apples.
He slept in a pay toilet.
In a hayloft.
In the Super Dome.
Slept in a Jaguar, and in the back of a pickup.
Slept in theaters.
In jail.
On boats.
He slept in line shacks and, once, in a castle.
Slept in the rain.
In blistering sun he slept.
On horseback.
He slept in chairs, churches, in fancy hotels.
He slept under strange roofs all his life.
Now he sleeps under the earth.
Sleeps on and on.
Like an old king.

Le marathon d’Honolulu de Hunter S. Thompson

22 février 2019 § Poster un commentaire

Marathon d'Honolulu

Marathon d’Honolulu, 2015 (©wikimédia).

Embauché par une revue, Running Magazine, Hunter S. Thompson débarque à Honolulu pour couvrir le fameux marathon qui se déroule chaque année, le deuxième dimanche de décembre.
Du marathon, on en saura « Lire la suite »