Gaston de Ruyter Chansons ardentes. 1917

11 novembre 2017 § Poster un commentaire

Voici les froides nuits aux creux de la tranchée
Et les longues factions, nerfs crispés, l’œil au guet ;
Et voici les retours, sans glaive et sans trophées,
Des soldats harassés, farouches et muets.

Voici les mois perdus déroulant, monotones,
La plainte quotidienne aux matins sans soleil ;
Voici l’église nue où les cloches ne sonnent
Que pour l’annonce encor d’un éternel sommeil.

Voici l’âpre contrée où l’enfer et le feu
Font, d’un gamin d’hier, la carcasse d’un homme ;
Et voici les corbeaux se disputant, furieux,
Cette carcasse encor jusqu’en son dernier somme !

Mon cœur, pourquoi pleurer l’envol des clairs matins
Et les baisers ardents, et les chaudes caresses,
Et l’extase infinie où des mains dans mes mains
Attendaient le réveil tremblant de ma tendresse ?

N’es-tu pas satisfait, soldat, de tant d’orgueil
Et de force brutale aux chants fiers de ta haine ?
Regarde, sous tes pieds, s’entrouvrir le cercueil
Et consume ta force à libérer tes chaînes !

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Au vrai chic punk : Virginie Despentes

28 octobre 2017 § 4 Commentaires

Bazooka production, le punk graphique.

En 1977, une palanquée de groupes balaye le vieux glitter-rock. No future ! Les sex-pistols déboulonnent la reine, Clash pleure les boulots jetables (Career opportunitie) et Métal Urbain écrit Panik. « Lire la suite »

Orages d’acier, premier livre d’Ernst Jünger

22 septembre 2017 § Poster un commentaire

Assaut sous les gaz (Sturmtruppe geht unter Gas vor) est une gravure à l’aquatinte d’Otto Dix, 1924.

Orages d’acier est le best seller publié en 1920 qui assura une grande notoriété dans les cercles nationalistes et notamment la Stahlhelm (Le Casque d’acier), au jeune lieutenant Ernst Jünger. Engagé volontaire ayant triché sur son âge, Ernst Jüngen découvre qu’il aime la guerre. « Lire la suite »

A toute berzingue de Kenneth Cook

20 août 2017 § Poster un commentaire

Road Australia

Melanie Thorley, Une piste dans le bush (©Melanie Thorley).

Tout le monde connaît Kenneth Cook, et d’autant plus s’il est Australien ou Français. C’est en effet l’auteur du célébrissime recueil de nouvelles, Le Koala tueur (1986). Kenneth Cook est un scénariste australien qui a vécu plusieurs vies avant de disparaître prématurément en 1987. À toute berzingue, exhumé du fond d’un tiroir par sa fille était à l’origine un scénario pour un téléfilm « Lire la suite »

Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs

12 juillet 2017 § Poster un commentaire

Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort
Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang ?

Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux
Je ne laisserai pas — non ! — les louanges de mépris vous enterrer furtivement.
Vous n’êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur
Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France.
Car les poètes chantaient les fleurs artificielles des nuits de Montparnasse
Ils chantaient la nonchalance des chalands sur les canaux de moire et de simarre
Ils chantaient le désespoir distingué des poètes tuberculeux
Car les poètes chantaient les rêves des clochards sous l’élégance des ponts blancs
Car les poètes chantaient les héros, et votre rire n’était pas sérieux, votre peau noire pas classique.Ah ! ne dites pas que je n’aime pas la France — je ne suis pas la France, je le sais —
Je sais que ce peuple de feu, chaque fois qu’il a libéré ses mains
A écrit la fraternité sur la première page de ses monuments
Qu’il a distribué la faim de l’esprit comme de la liberté
À tous les peuples de la terre conviés solennellement au festin catholique.
Ah ! ne suis-je pas assez divisé ? Et pourquoi cette bombe
Dans le jardin si patiemment gagné sur les épines de la brousse ?
Pourquoi cette bombe sur la maison édifiée pierre à pierre ?Pardonne-moi, Sira-Badral [1], pardonne étoile du Sud de mon sang
Pardonne à ton petit-neveu s’il a lancé sa lance pour les seize sons du sorong [2]
Notre noblesse nouvelle est non de dominer notre peuple, mais d’être son rythme et son cœur
Non de paître les terres, mais comme le grain de millet de pourrir dans la terre
Non d’être la tête du peuple, mais bien sa bouche et sa trompette.Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang
Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude, couchés sous la glace et la mort ?

Léopold Sédar Senghor, Paris, 1940.